Une station de ski depuis toujours

Historique du Manoir Mont-Soleil

Par Marcello Previtali

Mont-Soleil, ses grands hôtels, ses touristes venus de partout, ses prestigieuses compétitions de ski de fond et de saut à skis, ses champions, son téléski: c’était hier. Autant de splendeur disparue, fondue comme la neige de ces derniers jours. Aujourd’hui, la petite station, désignée sous le nom de Sonnenberg jusqu’en 1907, est toujours à la recherche de son lustre d’antan. Même si le petit téléski a retrouvé un second souffle après quelques années chaotiques.

Le Manoir - station de ski

Les années fastes

En 1908 déjà, Mont-Soleil organisait des concours de ski de haut niveau. Et grâce à son funiculaire, inauguré en 1903, on venait de partout pour profiter des joies des sports d’hiver. C’était le petit Gstaad du Jura bernois, à 1200m d’altitude. «A l’époque, cinq restaurants ou hôtels étaient ouverts et faisaient la renommée de Mont-Soleil et de toute une région», se souvient Jean-Louis Theurillat, l’âme du funiculaire et du téléski depuis 1979. Et pas des moindres. Comme le flamboyant Sport-Hôtel, ouvert en 1902, qui domine fièrement l’arrivée du funi. Ou le Manoir, autre établissement de renom. Aujourd’hui, tous deux sont fermés. Le premier appartient à un privé. Et on ne sait pas très bien ce qu’il lui réserve. Le second a été repris par la société du funiculaire, qui a de grands projets en vue. «Ils veulent le retaper, faire des places de parc, une place de jeux et bien d’autres travaux», indique Patrice Isler, l’autre responsable du funi depuis 2002 et du téléski. «On se réjouit évidemment. On aimerait bien retrouver un peu l’ambiance du passé, mais on ignore la date de l’ouverture», précise-t-il. En attendant, pour étancher sa soif ou calmer son appétit à Mont-Soleil, on peut faire une halte à la buvette resto Les Sorbiers, à l’auberge de la Crémerie ou encore au home Hébron, qui ouvre sa buvette à tout venant.

Hauts et bas du téléski

C’est en 1963 que Mont-Soleil a vu l’installation d’un premier tire-fesses à quelques pas tout au plus de la station du funiculaire Autant dire que cette innovation allait relancer quelque peu le tourisme dans la petite station. «Mais avant de profiter de ce skilift, certains anciens se sont brûlé les mains avec la corde et le moteur à essence qui a servi de prototype», se souvient Jean-Louis Theurillat qui, après avoir terminé son service au funi, s’occupait du téléski. Il a aujourd’hui passé l’archer à son compère Patrice Isler. L’installation faisait alors le bonheur des petits et de tous ceux qui faisaient leur apprentissage sur les lattes. Et le soussigné peut en témoigner: après avoir fait ses premiers pas sur la pente de «La Cru» à Courtelary avec des skis fabriqués par feu son bricoleur de père, il se souvient de ses premières descentes à Mont-Soleil, mais cette fois sur de vrais skis, des «Alpin» de la Migros. Mont-Soleil, c’était aussi les premiers camps de ski pour les écoliers du vallon de Saint-Imier. Quels beaux souvenirs! Mais le bonheur n’aura duré que jusque dans les années nonante. La faute au manque de neige notamment, mais aussi à une certaine lassitude, un manque de motivation. De plus, la petite remontée mécanique n’était plus conforme. Elle est donc tombée en désuétude, abandonnant du même coup la vedette au grand frère de la montagne d’en face, Les Bugnenets-Savagnières, le plus grand domaine skiable de l’Arc jurassien, lancé en 1960.

Second souffle

Il aura fallu attendre 2008 pour retrouver notre petit skilift. Merci qui? Merci, la société du funiculaire, qui gère la petite remontée mécanique, aujourd’hui longue de 160 mètres, ainsi que le télébob implanté en 2011. Ces deux installations, mues par des moteurs électriques, desservent deux pistes distinctes, bobeurs et skieurs en herbe ne risquent ainsi pas de se télescoper. Lorsque la neige veut bien faire son apparition, ces deux installations sont ouvertes le mercredi, le samedi et le dimanche, de 13h15 à 16h45, ainsi que le vendredi soir, de 18h15 à 20h30. Elles sont exceptionnellement ouvertes durant les vacances scolaires.Si le petit téléski a retrouvé un second souffle, la station peine en revanche à retrouver les années fastes. En plus des deux grands hôtels qui ont fermé leurs portes, le petit kiosque situé à l’arrivée du funi est lui carrément tombé à l’abandon. Et dire que cette petite bâtisse n’était autre que l’épicerie du village, essentielle pour la vie des habitants de Mont-Soleil. «Nous apportions vivres et nourriture avec le funiculaire», se souviennent les deux compères du funi.